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Margaret Dickason-Clar, Consultante en lactation certifiée IBCLC

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Vrai ou Faux ?

Garder le bébé sur un seul sein par tétée

permet qu’il accède au lait gras de fin de tétée

 

 

margaret dickason clar newsletter lait gras vrai fauxLes mères font souvent appel à moi pour les accompagner quand leur bébé ne prend pas suffisamment de poids au sein.

Lorsque j’échange avec celles-ci, j’entends fréquemment qu’elles gardent leurs bébés sur un seul sein par tétée parce qu’elles ont lu, ou on leur a dit, que garder le bébé sur un sein par tétée permet à celui-ci d’accéder au lait gras « de fin de tétée », ce qui l’aidera à prendre du poids. Je vous propose d’explorer cette recommandation et son intérêt pour la mère et le bébé.


Les études confirment bien que plus une tétée progresse, plus le lait devient gras1. En effet, les globules de gras dans le lait ont tendance à s’agglutiner sur les parois des canaux lactifères. C’est donc quand le bébé se met à téter que le mouvement du lait dans les canaux entraîne ce gras. C’est probablement un peu comme quand on ouvre un robinet d’eau chaude2 : l’eau froide arrive d’abord et entraîne l’arrivée de l’eau chaude peu après.

En réalité, il est impossible de déterminer un moment précis pendant la tétée où le lait devient plus gras. De plus, les études montrent que le pourcentage de gras dans les seins varie beaucoup selon le moment de la journée, le sein utilisé, la fréquence des tétées et selon les mères3. Bien qu’il existe certaines situations où il est tout à fait approprié de garder un bébé sur un seul sein par tétée, en général, et surtout les premières semaines, cela pourrait entraîner une faible prise de poids. En effet, les bébés prennent du poids en fonction du volume de lait total qu’ils boivent sur 24 heures et non uniquement en fonction de la quantité de gras qu’ils consomment4.


Pour cette raison, il peut être intéressant de proposer en alternance les deux seins à chaque tétée pour permettre au bébé de faire le plein de lait afin qu’il prenne du poids. Les mères ont donc tout intérêt à rester dans l’observation de leurs bébés pour savoir à quel moment alterner : quand le bébé tète un premier sein puis, au bout d’un moment, s’agite, se met à pleurer ou même s’endort, le moment est propice pour proposer l’autre sein. Le changement de position et la nouvelle prise de sein vont l’inciter à téter de nouveau et vont, par la suite, stimuler la production de lait en vidant le sein. Une étude a même trouvé qu’un réflexe d’éjection de lait (l’expulsion de lait par le sein dans la bouche du bébé peu de temps après que le bébé se met à téter) peut transférer jusqu’à 45% du lait disponible dans le sein5 !


Finalement, le lait est bénéfique et nourrissant pour le bébé à chaque moment de la tétée. Ainsi, c’est surtout le volume de lait total plutôt que sa teneur en gras en fin de tétée qui contribuera à une bonne prise de poids.

 

© 2019 Margaret Dickason-Clar, Consultante en lactation IBCLC
Édité par Julie Clar

 

Références

1. Mitoulas LR, Kent JC, Cox D, Owens R, Sherriff J, Hartmann P. Variation in fat, lactose and protein in human milk over 24h and throughout the first year of lactation. British Journal of Nutrition. 2002; 88 : 29-37.
2. Carol Smyth, Consultante en lactation IBCLC.
3. Kent JC, Mitoulas LR, Cregan MD, Ramsay DT. Volume and frequency of breastfeeds and fat content of breastmilk throughout the day. Pediatrics. Mars 2006; 117 (3) : 394.
4. Mitoulas L, Kent JC, Cox D, Owens R, Sherriff J, Hartmann P. Variation in fat, lactose and protein in human milk over 24h and throughout the first year of lactation. British Journal of Nutrition. 2002; 88 : 29-37.
5. Ramsay et al. Milk flow rates can be used to identify and investigate milk ejection in women expressing breastmilk using an electric pump. Breastfeeding Medicine. Mars 2006; 1(1) : 14-23.

Cas clinique : quand la mère produit trop de lait

 

 

margaret dickason clar newsletter lait gras vrai fauxLa production trop abondante de lait peut être tout aussi difficile à vivre pour une mère que la situation inverse où elle ne produit pas assez de lait. C’est une situation que je rencontre régulièrement chez des mères, qui, souvent, ne se sentent pas assez écoutées. En effet, comme on en parle peu, les professionnels et l’entourage de la mère peuvent avoir tendance à minimiser les difficultés de celle-ci en lui disant qu’il vaut mieux avoir trop de lait que pas assez.

Je vois la future mère de Fanny en prénatal pour échanger sur son allaitement précédent et préparer au mieux l’arrivée de Fanny, son deuxième enfant. Lors de l’allaitement de son premier enfant, elle a souffert d’une hyperlactation dont une des conséquences était des engorgements à répétition. Par manque d’accompagnement concernant la mise au sein, son premier allaitement a alors fini en tire-allaitement, une technique qui consiste à tirer son lait avec un tire-lait pour le proposer au bébé par un autre moyen que le sein.

Fanny naît à terme par césarienne et pèse 3,640 kilogrammes. Comme la mère avait été déstabilisée par les discours multiples et divergents des équipes pendant son séjour à l'hôpital pour son premier enfant, cette fois-ci, elle repousse gentiment tout le monde afin de mettre tranquillement en place son deuxième allaitement.

Je vois Fanny et sa mère une semaine plus tard et je constate une bonne prise de poids et aucune particularité au niveau de la succion du bébé. La mère me raconte qu’elle a du mal à trouver des positions qui conviennent à la fois à elle et à Fanny et qu’en conséquence, elle a des crevasses aux mamelons. Je lui propose différentes positions et elle finit par en trouver une qui est confortable pour elle et son bébé. La mère met en place une compresse hydrogel1 pour aider à la cicatrisation des mamelons. Elle est globalement contente du déroulement de cet allaitement même si elle sent que ses seins produisent déjà beaucoup plus de lait qu’il n’en faut à Fanny.

Je les revois un mois plus tard lors d’une réunion de soutien de mères allaitantes. Fanny continue à bien prendre du poids et sa mère à produire beaucoup de lait. Même après de bonnes tétées, ses seins deviennent rapidement tendus et elle raconte que si elle ne les draine pas, elle frôle un épisode d’engorgement sur un de ses seins, un désagrément souvent en lien avec une surproduction de lait. De plus, elle m’explique qu’afin d’assister à la réunion, elle a dû prendre un antidouleur tellement ses mamelons sont douloureux. En parallèle, Fanny souffre d'un érythème fessier2 et semble gênée au niveau de sa digestion. Je suggère ainsi à la mère de consulter son médecin traitant pour évoquer la possibilité d’une candidose mammaire3, ce qui pourrait aussi expliquer l'érythème de son bébé. En effet, une candidose peut être un problème sous-jacent à une hyperlactation. La mère consulte son médecin traitant qui ne pense alors pas que la mère souffre de candidose mammaire. Quelques jours plus tard, un muguet4 se développe dans la bouche du bébé ce qui pousse les parents à aller aux urgences pédiatriques. Le médecin des urgences propose un traitement pour le muguet et l'érythème fessier de son bébé et lorsque la mère rappelle la suspicion de candidose mammaire, il suggère de mettre le médicament ingéré par Fanny sur les seins si celle-ci le souhaite : soigner la mère n’était pas la priorité des urgences pédiatriques. La mère ne baisse pas les bras et décide de consulter un autre médecin qui est également Consultante en lactation IBCLC. Celle-ci confirme que le bébé et la mère ont tous les deux une candidose. Un traitement approprié est alors prescrit : retour au calme.

Une fois le traitement de la candidose mis en place, la mère souhaite essayer de baisser sa production de lait afin de se soulager un peu étant donné qu’en plus de la candidose elle continue à souffrir périodiquement d’engorgement sur un sein et doit tirer son lait certains jours pour éviter ce désagrément. Trois options se présentent à elle : pharmaceutique, phytothérapeutique et mécanique. Cette mère présente une hyper coagulation du sang, donc, certains principes actifs sont contre indiqués. Elle décide alors d’utiliser la méthode mécanique du drainage complet.5 Elle se sent rapidement soulagée et les sorties (selles et urines) de Fanny restent inchangées. Cette méthode a bien aidé la mère à ajuster sa production de lait.

A quatre mois et demi et 8,2Kg Fanny se porte à merveille. Quant à sa mère, lorsqu’elle sent qu’elle frôle un nouvel épisode d’engorgement, elle demande à sa fille de téter pour se soulager, prend un antidouleur, de l’homéopathie, et applique des feuilles de choux sur les seins pour se soulager. Le traitement pour la candidose a été diminué et en parallèle la mère a apporté quelques changements à son alimentation afin de modifier son terrain physiologique. La prochaine étape pour Fanny et sa mère sera l’entrée en crèche aux cinq mois de Fanny et, pour l’instant, la mère reste indécise quant à la poursuite de l’allaitement après la reprise de travail.

Un accompagnement rapproché a permis à ce couple mère-bébé de trouver un rythme de croisière pour l’allaitement.

© 2019 Margaret Dickason-Clar, Consultante en lactation IBCLC
Avec mes remerciements à la mère de Fanny

 

Références

1Alternativement, on peut utiliser des compresses de lait maternel pour la cicatrisation des mamelons.

2Fesses rouges et irritées.
3Une prolifération anormale d’un champignon microscopique, souvent le Candida albicans, qui provoque une douleur intense des mamelons et/ou des seins et qui est souvent associée à un changement d’aspect de la peau.
4Une candidose buccale.
5https://www.lllfrance.org/vous-informer/fonds-documentaire/dossiers-de-l-allaitement/1344-da-77-traitement-production-lactee-surabondant Cette technique consiste à utiliser un tire-lait double-pompage électrique en une fois pour vider, autant que possible, les deux seins. Ensuite, on propose les deux seins “drainés” au bébé qui peut téter jusqu’à satiété. Par la suite, la mère proposera un seul sein par tétée par tranches de trois heures. Au bout de ces trois heures, elle change de sein et le bébé tète celui-ci, également, par tranches de trois heures.